jeudi 21 février 2013

Allemagne: la situation mi-Février


La situation macro-économique et sociale

La publication des chiffres de la croissance au quatrième trimestre 2012 a paradoxalement à leur caractère alarmant provoqué très peu de débats et de prises de position en Allemagne.

Pourtant, avec un recul de - 0,6%, la dégradation de la conjoncture est 0,2% plus mauvaise que prévu en décembre, et encore 0,1% par rapport à des corrections établies en janvier.

Tous les observateurs ont décidé de se rallier à l'explication officielle de l'institut des statistiques gouvernementales, le DIW : le dernier trimestre 2012 a vu un gros trou d'air sans conséquence. Le climat des affaires s'est depuis amélioré, avec l'indice de confiance des entrepreneurs ayant progressé ces derniers trois mois, les mesures prises de consolidation budgétaire en Europe vont porter leurs fruits en 2013, relançant les exportations allemandes vers ses partenaires européens, et la croissance du commerce mondial va reprendre son ampleur de 2011, achevant de tirer vers le haut la conjoncture allemande.

C'est ce narratif que montre le tableau suivant :



Évolution du PIB Allemand depuis 2008 et perspectives pour 2013, en indice 100 = 2005, et en PIB corrigé de l'inflation:



Pourtant, beaucoup des suppositions attachées à ce narratif macro-économique ont été infirmées :

Le recul de la croissance en Eurozone à 0,6% est plus fort que prévu, avec les pays les plus touchés par les politiques de consolidation budgétaire plongeant toujours aussi rapidement (Grèce – 6%, Portugal -3,2%, Italie -0,9%) et l'économie française – toujours premier importateur de biens allemands - avec un recul de 0,3% et une croissance nulle en 2012 ne donne pas de signes de frémissements. Au contraire, l'objectif annoncé de 3% de déficit budgétaire est maintenant clairement illusoire, à moins que le gouvernement Ayrault et son ministre Moscovici ne prennent des mesures de consolidation budgétaire encore plus radicales, touchant plus fortement les dépenses. Le coup à la croissance – et donc aux importations d'Allemagne – serait fatal.

Si Francois Hollande montre depuis quelques jours une volonté plus forte de réorienter le priorité gouvernementale sur l'emploi et l'économie, notamment après la phase sociétale et le Mali, il n'est pas sûr que son équipe gouvernementale soit outillée doctrinalement et techniquement pour lancer un plan de relance, mettant donc encore en péril ce narratif du gouvernement allemand.

Par ailleurs, les projections sur le commerce mondial dépendent en grande partie d'externalités encore bien incertaines : les évolutions des économies américaines et chinoises.

Pour mémoire, les mêmes statisticiens avaient le narratif suivant en décembre 2011 :



Un trou d'air en Q4 2011 fut tout simplement oublié, les perspectives sur 2012 étaient positives avec une amélioration progressive et constante de la conjoncture. 2012 a vu en réalité l'inverse : après un rebond au premier trimestre, la conjoncture ne cessa de se dégrader.

Le narratif du DIW, soutenu par les économistes d'Allianz et des instituts proches du patronat ressemblent donc bien à des vœux (auto-prophétiques?) plus qu'à une analyse sérieuse des risques pour l'Allemagne en 2013.

D'ailleurs, les nouvelles fin Janvier – début Février montrent bien qu'un moteur de croissance s'est cassé. Alors que l'Allemagne avait été jusque là épargnée, une vague de plans de licenciements massifs ont été annoncés ces derniers temps :

- La filière solaire, sinistrée, a perdu plus de 30 000 emplois en 2012

- La filière des services, malgré des salaires très faibles et l'absence de SMIC, a vu disparaître plusieurs groupes de distribution – par exemple Schlecker avec ses 5000 salariés, à 90% femmes à temps partiels.

- Le secteur des NTIC est aussi touché : HP ferme un site avec 1000 emplois supprimés, Dell également. Fujitsu Technology, l'ancien Fujitsu-Siemens et héritier de Siemens-Nixdorf, annonce 1500 suppression d'emplois.

- Siemens annonce la vente ou la fermeture de plusieurs divisions, dont celle solaire, et prés de

10 000 suppressions de postes à l'international.

- Le secteur automobile est à son tour touché, avec Opel devant fermer un site industriel.

- Thyssen-Krupp annonce au moins 2000 suppressions d'emplois

- Ces vagues annoncent aussi une réduction des investissements et des négociations plus serrées avec le réseau de PME familiales fournisseuses : toute une série de ses entreprises entre 500 et 5000 salariés annoncent des restructurations avec suppression de postes depuis trois mois.

- Tous les vendeurs de biens d'équipement, informatiques ou non, remarquent aussi un allongement de la durée d'utilisation des équipements au delà des dates de garantie et/ou d'amortissements afin de retarder le renouvellement des parcs, et un assèchement des investissements publics.

- Par ailleurs, de nombreuses renégociations salariales de branche ont commencé, et l'arme des licenciements est employée par les patronats contre les syndicats pour obtenir des accords de modération salariale, plombant encore plus les perspectives de croissance de la demande intérieure.

- Enfin, quasiment toutes les entreprises ont actuellement des plans de gel des embauches, ne recrutant que des profils très spécialisés à l'occasion de remplacements.

 
Cette phase de restructuration n'est pas une réponse à un trou d'air conjoncturel. L'arme du chômage partiel avec compensation salariale payée par l'agence de l'emploi aux salariés n'est cette fois pas utilisée, les entreprises ne prévoyant elles pas de retour de la croissance à court terme. Nous ne sommes donc pas dans une situation comparable à 2008.

Il s'agit de transformations profondes des entreprises, à l'occasion d'un effondrement de leurs carnets de commande, d'une transformation de leurs marchés. Les plans entrainent aussi une augmentation de l'épargne de précaution des ménages. La demande intérieure ne prendra pas le relais des investissements privés, ni des dépenses publiques en baisse.

La tendance est claire pour l'économie allemande en 2013, elle va vers le bas. On en saura cependant plus le 22 Février avec la publication de l'indice de confiance des industriels allemands.

L'emploi et le pouvoir d'achat

 Ce tableau montre à gauche (bleu) l'évolution comparée des revenus nominaux (hors inflation) du capital (en haut, valeur 150,6 en index 100 = 2000 fin 2012) et du travail (en bas, valeur 123,8 en index 100 = 2000 fin 2012).

Le tableau de droite (rouge) montre l'évolution des salaires bruts réels (corrigés de l'inflation, base 100 = 2000), avec en haut le sous-groupe des salaires soumis à accords de branche et en bas l'intégralité des salaires, y compris ceux soumis à accords de branche.

Textfeld:  Étude de l'institut WSI, proche des syndicats: L'écart reste large entre revenus du capital et du travail. Les revenus du Capital sont déconnectés des revenus du travail, avec une croissance plus que double. Les revenus salariés totaux restent en 2012, malgré 3 ans de rattrapage, inférieurs à leur niveau de 2000 !
L’Allemagne bénéficie encore d'une situation du marché de l'emploi enviable, avec un taux officiel de chômage à 6,5% en Décembre.  Cependant, cette situation est marquée par des déséquilibres régionaux très forts, expliquant en partie les difficultés de Merkel avec son allié catholique bavarois, la CSU. De plus, les chiffres bruts de Janvier montrent une dégradation forte avec 288 000 chômeurs de plus, avec un taux repassant au dessus de 7%. Certes, les chiffres corrigés de variations saisonniéres sont plus encourageants.

Tableau suivant : plus c'est fuchsia, moins il y a de chômage.




Le Sud de l'Allemagne bénéficie d'un quasi-plein emploi à 3% de chômage, l'Ouest est dans la moyenne avec des zones cependant sinistrées, notamment dans les bassins miniers rhénans, et l'Est – incluant Berlin, région au plus fort taux de chômage d'Allemagne – dépasse en général les 10%.

Le taux d'Actifs touchant des allocations chômage et/ou sociales atteint ainsi les 9,8% - de nombreux salariés, par exemple de mini-jobs, ont besoin d'allocations chômage pour atteindre le niveau de revenu de Hartz IV – l'équivalent du RSA français. Ces emplois sont subventionnés par le système d'assurance chômage.


Ces chiffres cependant ne prennent pas en cause toute la population en âge de travailler non répertorié comme actifs. Le taux d'inactivité en Allemagne de l'Est et dans les bassins de pauvreté rhénans frôle les 20 à 25%. Le taux de pauvreté d'ailleurs augmente depuis 6 ans avec constance. Une étude récente d'un institut proche des organisations caritatives soulignait que prés d'un salarié sur six était sous la menace un jour de passer sous le seuil de pauvreté.




Le tableau suivant, produit par les organisations caritatives paritaires (regroupant toutes les organisations, issues des églises et laïques) en 2012, montre l'évolution de la pauvreté en Allemagne depuis 2005. Alors que le taux de chômage passe de 11,7% à 7,1% (maintenant 6,5%) et le taux de bénéficiaires d'allocations chômage de 10,3 à 9,8%, le taux de pauvreté a augmenté de 14,7% à 15,1%, avec une accélération depuis 2010.


C'est de nouveau la confirmation que la « thèse de la cascade » ne fonctionne pas : la prospérité ne redescend pas lorsqu'on la partage par le haut. Pire, même des politiques ayant eu pour objet de réduire le chômage à tout prix pour augmenter les conditions de vie en bas de l'échelle sociale échouent.


La situation est tellement grave que le gouvernement de Angela Merkel, sous la pression des libéraux, a retardé la publication de son rapport officiel sur la pauvreté et en a censuré certaines conclusions.

Suivant maintenant une logique bien rodée, alors que c'est bien la méthode de gouvernement d'Angela Merkel qui est en cause, l'opprobre tomba sur d'autres, ici le ministre de l’Économie et chef nominal des libéraux Philip Rösler.


Cependant, ces données expliquent pourquoi le SPD et Peer Steinbrück souhaitent mettre la Justice Sociale au cœur de la campagne (cf note sur le congrès de décembre 2012 en annexe. La note sur le congrès de 2011 est également attachée en référence).


La Politique de la Famille au cœur des critiques :


Le grand sujet politique des derniers jours fut la politique de la famille. Un rapport administratif d'évaluation des politiques publiques a souligne l'échec complet et l'incroyable gaspillage des politiques familiales, qui promeut a la fois une vision passéiste de la famille, traditionnelle de la place de la femme, et inégalitaire socialement. Et l'échec démographique est également patent, a l'origine de la reforme de l'âge de départ a la retraite a 67 ans, reforme co-conçue par Peer a l'époque de la Grande Coalition et depuis remise en cause par le SPD sous la pression de son aile gauche (PL, parlementarische Linke, gauche parlementaire, le sous-groupe de 23 députés au sein du SPD a avoir vote contre le TSCG et a avoir signe la contribution UMA a mon initiative en juillet dernier).
Ce sujet a pousse les libéraux, pourtant allies de Merkel mais menaces de disparaitre du parlement, a annoncer vouloir faire campagne contre "la prime au fourneau", une reforme votée sous l'instigation des catholiques bavarois visant a payer les mères pour ne pas aller travailler mais s'occuper de leurs enfants. Le financement de cette prime asséché encore le budget d'investissement en crèches et emplois d'assistants maternels-éducateurs.
juste un exemple: un dégrèvement sur l’impôt sur le revenu est prévu pour les couples mariés, qu'ils aient des enfants ou non, mais basé sur un mode de calcul privilégiant seulement un salaire a temps plein. Non seulement le résultat n'est que de redonner de l'argent a des bourgeois bien payes - éventuellement sans enfants, mais aussi de maintenir loin du marche du travail des femmes bien formées, généralement l'homme ayant un meilleur salaire. Les conservateurs au pouvoir défendent ce dégrèvement (coût budgétaire plus de 20 milliards) au nom de la protection "de la valeur mariage en soi". Nom allemand: Ehegattensplitting.
Le SPD a des positions beaucoup plus féministes et veut enfin garantir la possibilité de concilier carrière et famille. Il est favorable a l'introduction d'un quota minimum (30%) de femmes dans les conseils d'administration des entreprises cotées. Les entreprises avaient promis il y a 5 ans a Merkel de réussir a le faire sans loi, la situation est encore pire maintenant...
La Situation politique au 14 Février 2013 :

 

Voici le tableau des derniers sondages par instituts et dates de publication


Le sondage le plus récent de Forsa montre un double phénomène inquiétant pour le SPD :

- Malgré une actualité défavorable, on va y revenir, l'Union électorale des Chrétiens-démocrates (présents partout sauf en Baviére) et des Catholiques sociaux bavarois (inversement) progresse de deux points à 43%.

- Le SPD stagne chez Forsa à un niveau bas. D'autres sondages voient le SPD osciller depuis 6 mois entre 27 et 29%. La tendance principale ici est la stagnation. Le SPD semble avoir atteint un étiage haut de son potentiel de conviction, et n'arrive pas à progresser au delà.

- Les Verts ont la même stabilité entre 14 et 15% depuis 6 mois.

Les deux partenaires finissent en général devant l'Union, sauf dans ce sondage de Forsa, ou la somme SPD-Verts (39%) reste 4 points au dessous du parti de Merkel.

Un des paris de Merkel pour conserver le pouvoir, gagner seule la majorité absolue, est en vue : obtenir seule la majorité absolue. En effet, vu les voix perdues sur des partis non représentés, il est possible de voir dans les derniers jours de la campagne un vote des électeurs FDP pour l'Union - pour bloquer la gauche – la propulsant à 45-46% des voix. Avec une somme SPD-Verts-Linke à 45 ou 46% et la force régionale de l'Union lui permettant de gagner toujours un peu plus de sièges que ce que lui donnerait son score proportionnel (mécanisme complexe et en partie inconstitutionnel des « Mandats excédentaires ») la partie est jouable.

Ce n'est pas la première fois que les sondages semblent promettre une majorité seule à l'Union. Déjà, au lendemain pourtant de la victoire du SPD et des verts en Basse-Saxe, les polémiques sur les déclarations de Peer Steinbrück sur le salaire de la chancelière et son « bonus d'être une femme » avait ramené le SPD à 25%, l'Union à 43%.


- Les Linke, malgré une grave crise de leadership et une contradiction fondamentale dans les choix doctrinaux et politiques entre réalistes et fondamentalistes, surnagent à 6-7%, avec donc la certitude d'être au Bundestag.

- Les Libéraux, alliés de Merkel au gouvernement, se sont effondrés très rapidement après la prise de pouvoir. Ils ont perdus leur représentations régionales dans 6 des régions ayant votées entre 2009 et 2012. Les sondages les donnent en dessous de 5% - la barre minimum pour avoir des députés – constamment depuis deux ans et demi. Seul un coup de main tactique de l'Union pourrait les sauver.

- Les Pirates, dépassés par leurs sucés (entrée dans 4 parlements régionaux entre 2011 et 2012) sont entrés dans une phase de consolidation qui – ayant lieu de manière transparente devant tout le monde – a dégénéré dans des conflits pour le pouvoir effrayant les électeurs.

- Ceux-ci cependant ne se sont reportés ni sur les Verts ni sur le SPD. Le niveau des « divers » reste ainsi constant à 4%. Mais le principal bénéficiaire des déçus Pirates, c'est l'abstention.


Pourtant, l'actualité n'était pas en faveur de Merkel :

- Son amie personnelle et Ministre de l’Éducation Annette Schavan a été obligée de démissionner sur un scandale liée à sa thèse de doctorat écrite il y a 30 ans.

- Le SPD et les Verts ont annoncé avoir conclu un accord de gestion de la région de Basse-Saxe, scellant la défaite de la coalition sortante Conservateurs-Libéraux.


La campagne électorale est marquée par deux déclarations de coalitions claires :

Officiellement, Merkel souhaite une reconduction de la coalition Conservateurs-Libéraux.

Le SPD et les Verts veulent former une coalition ensemble, et seulement ensemble – excluant les Linke de l'équation.

Le SPD répète ne pas vouloir de Grande Coalition. Une alliance avec Merkel provoquerait sans doute un nouvel exil de militants, voire une nouvelle scission.

Les Verts sont prêts théoriquement à jouer d'une compatibilité « Conservateurs » pour faire pression sur le SPD. Une tentative analogue à Berlin a failli provoqué une scission des Verts entre « fraction Latte Macchiato » et « Fundis - Fondamentalistes » (voir plus bas note de synthèse sur l'année 2011). Merkel et Trittin ensemble ? Peu probable, mais possible.


Le recours pourrait être le modèle de Rhénanie du Nord Westphalie, où Hannelore Kraft a gouverné deux ans en alliance minoritaire avec les Verts, allant chercher des voix soit à droite, soit aux Linke, avant de gagner haut la main des élections régionales anticipées en 2012.

Beaucoup auraient aimé la voir se lancer à la place de Peer Steinbrück. Elle en a eu la fenêtre de tir, mais a préféré consolider sa position régionale d'abord.

Intuition que le vote de septembre 2013 aboutira à un Bundestag sans majorité claire ? Et elle en recourt d'Octobre ?

Annexe :

Analyse Allemagne en Janvier 2013, à la suite de la victoire SPD-Verts en basse-Saxe :


Élections Régionales de Basse Saxe en Allemagne : une défaite pour Merkel, qui perds la majorité à la deuxième chambre, mais une victoire en trompe l’œil pour le SPD.



7 Millions d'Allemands ont voté dimanche dernier dans la région de Basse Saxe (Capitale Hanovre, c'est aussi la région de Volkswagen, à Wolfsburg) contre l'alliance régionale des Chrétiens-Démocrates (CDU, le parti d'Angela Merkel, la chancelière) et des Libéraux (FDP, les partenaires d'Angela Merkel au niveau national), accordant à l'alliance des Sociaux-démocrates (SPD) et des Écologistes (Grünen) la plus faible marge d'avance possible : 69 contre 68 élus au parlement régional.


Cette élection est l’occasion de faire un point sur la situation politique allemande à 7 mois des élections, ainsi que – à l’occasion des 50 ans du traité de l’Élysée – de s’interroger sur l’état des gauches dans les deux pays, ainsi que de dessiner les contours d’une rénovation nécessaire de la doctrine social-démocrate européenne.


En France comme en Allemagne, la question fondamentale pour la gauche est de re-concevoir une social-démocratie moderne adaptée à un monde de plus en plus radical, formé depuis 15 ans par des politiques libérales, et traversé de contradictions sociales, écologiques, démographiques et par conséquent économiques de plus en plus violentes.

En France, comme en Allemagne, les deux principaux partis structurant la gauche et l’espace politique de la social-démocratie, le Parti Socialiste et le SPD, ont profondément rénové leur doctrine à l’aune de l’exercice du pouvoir à la fin des années 90, dans un monde alors très différent. Depuis, la réflexion s’est orientée sur les clivages et conflits internes à ces partis, ayant conduit en Allemagne en 2005 avec les Linke et en France, en 2005 au sein du PS avec le référendum sur l’Europe puis en 2008 avec la création du Front de Gauche à des scissions, un temps électoralement gagnantes mais en définitive stériles dans leur influence sur le monde réel.

Les barrières et les œillères sont posées par ces deux positionnements. Ils empêchent la gauche réformiste à penser le monde tel qu’il est, à prendre conscience des énormes défis devant nous, mais aussi de l’énorme responsabilité que notre famille politique porte. Ils ont aussi, et cela est aussi grave, contribué à l’absence de renouvellement générationnel et programmatique. Les concepteurs de la vulgate social-démocrate de la fin des années 90 – début des années 2000 sont toujours ceux dominant les partis sociaux-démocrates français et allemands au début des années 2010.

Pourtant, depuis 2002, avec une grande constance, la pratique politique comme les offres programmatiques basées sur cette vulgate ont été refusés par les électeurs. La reconquête du pouvoir par François Hollande, l’un des responsables de la doctrine des années 90 elle-même largement issue des Deloriens, s’est faite sur une offre programmatique beaucoup plus engagée et audacieuse que la pratique gouvernementale actuelle. Le congrès de Toulouse illustre bien cette recherche d’une rénovation des concepts et de la vision du monde, avec 30% des militants ne se reconnaissant pas dans le projet porté par toute la direction, juste après une victoire historique.

Les difficultés du candidat actuel du SPD Peer Steinbrück, l’un des penseurs du tournant social-libéral du SPD avec Gerhard Schröder, en est une autre illustration.


Cette élection a des conséquences nationales immédiates : le Bundesrat, la deuxième chambre allemande représentant les régions, passe à gauche. Angela Merkel ne pourra lancer d'ici aux élections de septembre 2013 – et en cas de victoire de la droite, au delà – aucune réforme d'envergure sans l'accord du SPD.

Cette situation politique est en Allemagne assez courante. Ainsi, dés 1999, la majorité parlementaire SPD-Verts élue en 98 eut à négocier avec une chambre des régions passée à droite. C’est cependant nouveau pour Angela Merkel, qui n’a jusqu’à présent jamais vraiment eu à négocier avec l’opposition.


La Basse Saxe a produit une grande génération de loosers politiques, malheureusement surtout à gauche.

Pour parler d'histoire récente, c'est là que Gerhard Schröder, le chancelier SPD entre 1998 et 2005, a construit sa carrière politique, avant de la poursuivre, une fois battu par Angela Merkel, comme lobbyiste de Gazprom et ami de Vladimir Poutine.

C'est là que son directeur de cabinet puis successeur à la tête du SPD, Franz-Walter Steinmeier, a commencé sa carrière politique. Ministre des Affaires Étrangères dans le cabinet de « Grande Coalition » sous Merkel entre 2005 et 2009, Steinmeier est aujourd'hui le président du groupe parlementaire d'opposition SPD au Bundestag, la première assemblée allemande. Sa campagne en 2009 a conduit le SPD au pire score de son histoire avec seulement 23%.

Sigmar Gabriel, l'actuel président du SPD, perdit la région à la droite dans l'élection de 2003, première grande défaite régionale pour un SPD secoué par le tournant pris par Schröder avec « l'agenda 2010 », annonciatrice de déroutes électorales encore plus fortes. Cet agenda introduisait une série de « réformes » structurelles, combinées avec les 4 réformes « Harz » - du nom d’un ancien DRH de Volkswagen, encore la Basse Saxe, qui conseilla la coalition SPD-Verts pour déréguler le marché du travail, développer les temps partiels et contrats précaires, unifier le système d'assurance chômage et d'aides sociales. Cela imposa aux « petits salaires » et faiblement qualifiés une modération salariale souvent confondue en France avec une stratégie de compétitivité.

Gabriel perdit la région face à Christian Wulff, CDU, qui s'allia avec les libéraux du FDP. Wulff devait conserver la région jusqu'en 2010. Membre de l'alliance dite du « Pacte Andin » rassemblant des hommes politiques de la CDU et de leurs alliés bavarois CSU dans un pacte de non-agression réciproque conclu au cours d'un voyage d'étude de Jeunes Conservateurs dans les Andes dans les années 70, Wulff apparut comme le dernier concurrent potentiel d'Angela Merkel à droite. Celle-ci le fit élire Président de la République en 2010. Ce fut l'une des rares erreurs tactiques de la chancelière – une série de scandales liés aux relations troubles de Wulff avec des hommes d'affaires douteux de Hanovre et ses tentatives pour empêcher la presse d'en parler devait le mener à la démission début 2012, entrainant l'élection comme Président du candidat proposé par le SPD et les Verts déjà en 2010.

Bien sûr, nous souhaitons au probable futur président de la région, Stephan Weil, d'échapper à ce destin fatal à ces prédécesseurs ! Avec seulement une voix de majorité, et un partenaire Vert particulièrement gonflé à bloc par ses 14%, Stephan Weil va devoir faire preuve de beaucoup d'habileté et de sens politique.


La situation politique allemande est actuellement marquée par une série de crises et de climax au sein de tous les partis – à l’exception de celui d’Angela Merkel.

Le SPD doute à haute voix de son candidat, les Verts sont traversés par des contradictions entre une base libertaire écologiste et une nouvelle génération « Bobo », les Linke sont en voie de disparaître suite à des batailles incompréhensibles entre ses dirigeants et une doctrine tellement fixée sur les années Schröder qu'elle en oublie les années Merkel, les libéraux en voie de disparition dans toutes les régions perdent leur sang-froid et remettent en cause leur direction tous les trois mois.

Les études d'opinion enregistrent un phénomène particulier : après prés de 6 mois de relative stabilité, avec une Union (Merkel) à 37%, un SPD à 28%, des Verts à 13%, les Linke (le Front de Gauche allemand) à 6% et tous les autres partis en dessous des 5% pour être représenté au Bundestag, les rapports de force recommencent à bouger. Si les Linke restent très bas, à 5% de leurs résultats, les Verts stagnent, mais le SPD s'effondre continuellement depuis la mi-décembre, avec l'Union qui monte, monte, monte.

Aujourd’hui, pour la première fois depuis les élections de 2009, le SPD est de retour à 23%. L'Union, elle, culmine à 43%.

Deux facteurs expliquent cette envolée de l'Union: l’éthique de travail de Merkel est incontestable, et cela a donne de la crédibilité à l’invention de son image de sauveuse et protectrice des intérêts allemands au cœur de la crise européenne, notamment contre des pays du Sud peints comme corrompus et irréformables.

Angela Merkel est d’une éthique personnelle irréprochable. La mystification consiste à faire croire que cette éthique, automatiquement, rends sa conduite du gouvernement aussi morale. C’est d’ailleurs la contradiction profonde qui menace l’union dans une campagne.

La deuxième raison, c'est l'état du SPD en campagne. Le SPD a fait une erreur stratégique fondamentale. Peer Steinbrück est devenu le candidat après avoir été plébiscité par les sondages et les médias. Les militants n'ont pas eu droit à s'exprimer. Il faut dire qu'au cours du congrès de Berlin de Décembre 2011 – où François Hollande était invité en tant que candidat – les délégués mirent plusieurs secondes à commencer à applaudir Peer après son discours – il fallut que d'autres dirigeants viennent le rejoindre sur l'estrade. Mieux valait éviter de leur demander de choisir, par un vote de la base ou des primaires. Abusé par ces sondages si favorables à la personne, le SPD choisit de le mettre au cœur de la campagne, de lui donner une « liberté de jambes » pour s'exprimer au delà du projet social-démocrate. Peer fut rapidement attaqué par ces médias qui l'avaient adoré, avec des dossiers bien préparés à l'avance, sur son habitus de bourgeois aisé, de vendeur de conférences aux entreprises à plus d'un million d'€ de revenus en plus de ses indemnités de parlementaire, de lobbyiste présumé pour les entreprises – Thyssen Krupp par exemple – où il siège au conseil d'administration.

Quelle naïveté de la part du SPD. Surtout, quelle paresse intellectuelle et peur conservatrice de la part de sa direction ! Sigmar Gabriel, qui reconstruisit un SPD à la dérive – un cadavre à la renverse allemand – depuis 2009, sut lui redonner un programme de gauche, une perspective d'alliances avec les Verts, une efficacité électorale lui permettant de regagner des exécutifs régionaux. Mais Gabriel n'a pas réussi à réformer le mode de fonctionnement du SPD. Le vote des militants n'est toujours pas introduit – sans parler de primaires. Le SPD n'attire pas, ne fait pas envie, et se fait déborder sur sa droite bourgeoise par les Verts, sur sa gauche jeune par les Pirates. Sa base militante, passée de 800 000 en 2002 à moins de 500 000 aujourd'hui, en moyenne de plus de 60 ans, commence à disparaître pour toujours.


Les résultats en Basse Saxe agissent comme un électrochoc : la CDU, avec 36%, fait mieux que ce que les sondages prévoyaient depuis plusieurs semaines. Le SPD, à 32%, progresse un peu (+2%), les Verts explosent avec 14%, et les libéraux, que tous les sondages voyaient disparaître à 3%, bénéficie d'un cadeau de la CDU de 100 000 voix pour atteindre 9,9% ! Au lieu de voir une assemblée CDU avec 40% des sièges et l'alliance SPD-Verts à 60%, Stephan Weil doit composer avec un seul siège de majorité.


La direction du SPD a décidé de renverser les rôles : le Parti doit être mis en avant, Peer passer en retrait, et épouser le projet commun. Un « discours de Bercy » est encore attendu. Il sera nécessaire pour relancer une campagne mal engagée.


30 janvier 2013


dimanche 13 janvier 2013

Le congrès du SPD de Décembre 2012

Merci À Maintenant la Gauche Val d'Oise pour avoir publié ma note de Décembre sur le congrés du SPD, que je commente ici avec une actualisation:Ma note sur le site de Maintenant La Gauche

Steinbrück, le candidat du SPD, a depuis la rentrée réussi à gaffer à deux reprises, et ses liens avec le groupe industriel Thyssen-Krupp sont actuellement aussi objets d'une campagne de presse. Sa popularité s'est effondrée, celle de Merkel a encore augmenter. Le SPD s'erode dans les sondages a 25%, les verts espèrent récupérer les déçus de Steinbrück pour qu'une alternance reste possible, mais l'Union de Merkel, à 42%, peut presque espérer une majorité absolue vue l'emiettement en cours de l'électorat sur des partis qui ne seront pas au Bundestag. FDP, Pirates, extrême-droite et divers représenteraient 12% d'un électorat qui n'aurait pas de députés.
La seule personalité au SPD ayant une chance d'éviter le désastre serait la présidente de la région Rhenanie du Nord- Westphalie, Hannelore Kraft.
J'espère que le SPD aura le courage, avant février, de reconnaître son erreur, et la force de conviction pour obtenir la candidature de Kraft. En effet, elle a toujours refusée toutes les avances en ce sens avant la nomination de Steinbrück.
En attendant, voici le tableau des sondages au 13 Janvier 2013:


InstitutAllensbachEmnidForsaForsch’gr.
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Resultats 2009
Source:  www.wahlrecht.de
Date de Publication.19.12.201213.01.201309.01.201311.01.201317.12.201210.01.201327.09.2009
CDU/CSU (Merkel et les catholiques Bavarois)37,5 %41 %42 %42 %40 %41 %33,8 %
SPD30,0 %26 %25 %28 %29 %28 %23,0 %
GRÜNE (Verts)14,0 %14 %15 %13 %14 %14 %10,7 %
FDP (Libéraux, au pouvoir)4,5 %3 %2 %4 %4 %4 %14,6 %
DIE LINKE (La Gauche)6,5 %8 %9 %6 %7 %6 %11,9 %
PIRATEN3,5 %4 %3 %3 %3 %3 %2,0 %
Sonstige4,0 %4 %4 %4 %3 %4 %4,0 %

Note de Décembre:
Allemagne, “le changement à moitié ou entièrement ?”
La séquence politique qui s'est achevé en Allemagne au 9 Décembre a vu les grands partis allemands – Verts, Union de la CDU et de la CSU, SPD – organiser et mettre en scène dans leurs congres l’investiture de leurs candidats aux élections parlementaires de septembre 2013 prochain.
Dans le même temps, la coalition politique soutenant Angela Merkel à la chancellerie a de nouveau montré son absence de cohérence interne – double parfois d’inimitiés personnelles fortes.
Peer Steinbrück, officiellement investi à Hanovre candidat à la Chancellerie pour le SPD, a finalement très bien résume la situation en disant : “Quoi qu’il arrive, il y aura un changement de coalition en septembre prochain. Il s’agit de décider s’il l’on ne la changera qu’à moitie ou entièrement !
1/ Analyse de l’opinion allemande en Décembre 2012
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Résultats 2009
dates21/11/201209/12/201212/12/201214/12/201222/11/201222/11/201227/09/2009
CDU/CSU37,5%40,0%38,0%40,0%37,0%39,0%33,8%
SPD31,0%31,0%27,0%30,0%26,0%30,0%23,0%
Grüne (Verts)12,5%14,0%14,0%13,0%16,0%14,0%10,7%
FDP (libéraux)4,0%4,0%4,0%4,0%4,0%4,0%14,6%
die Linke                  (Gauche)6,5%7,0%8,0%7,0%8,0%7,0%11,9%
Pirates4,0%3,0%4,0%3,0%4,0%3,0%2,0%
divers4,5%4,0%5,0%3,0%5,0%3,0%4,0%

Tous les instituts de sondage allemands capturent depuis maintenant deux mois les mêmes tendances. Des différences existent dans le chiffrage niveau où se trouvent les différents partis, mais le rapport de force est constant depuis deux mois.
L’Union qui regroupe les chrétiens-démocrates d’Angela Merkel (CDU) et les catholiques sociaux bavarois (CSU), reste la première force politique allemande. Les sondages la situent entre 37 et 40% des voix, soit 4 à 7 points au dessus de son résultat de 2009.
Cette position de force apparente est cependant relativisée par la disparition du jeu parlementaire de son allie de coalition, les libéraux centristes du FDP. Tous les sondages les estiment en dessous des 5% nécessaires pour rester au parlement, entre 3 et 4% actuellement. C’est une chute de 10 points par rapport aux 14,6% qui les avaient propulse troisième force politique allemande en 2009, à seulement moins de 9 points du SPD.
La coalition gouvernementale, de 48% des suffrages exprimés et qualifiés pour être représentés au Bundestag en 2009, est donc vue par les sondages à un potentiel parlementaire maximal de 40%.
Cette faiblesse du gouvernement Merkel est confirmée par tous les sondages qualitatifs. 69% des Allemands se disent mécontents de la politique suivie par le gouvernement actuel.
Philipp Rösler, ministre de l’économie et leader – bien faible – du FDP, est le ministre le plus impopulaire du gouvernement.
Seul un facteur explique la progression de l’Union dans l’opinion, c’est l’incroyable popularité d’Angela Merkel. Sa cote personnelle reste au plus haut, avec près de 10 points d’avance sur Peer Steinbrück.
Deux facteurs expliquent cette solidité : l’éthique de travail de Merkel est incontestable, et cela a donne de la crédibilité à l’invention de son image de sauveuse et protectrice des intérêts allemands au cœur de la crise européenne, notamment contre des pays du Sud peints comme corrompus et irréformables.
Cette dimension morale est essentielle : Angela Merkel doit son ascension aux scandales de financement illégaux de la CDU à la fin des années 90, qui a d’abord mis fin à la carrière d’Helmut Kohl puis empêché l’ascension des leaders de l’Ouest de la CDU. Le scandale fin 2011 touchant le président de la république allemand Christian Wulff, poussant à sa démission et à l’élection de l’ancien dissident soutenu par le SPD et les Verts Joachim Gauck, a montré combien l’opinion allemande est sourcilleuse sur ce point.
Angela Merkel est d’une éthique personnelle irréprochable. La mystification consiste à faire croire que cette éthique, automatiquement, rend sa conduite du gouvernement aussi morale. C’est d’ailleurs la contradiction profonde qui menace l’union dans une campagne.
2. Le SPD
steinbruck.jpgMalgré le refus massif de la politique gouvernementale, le SPD n’arrive pas à décoller. Certes, tous les sondages l’estime entre 26% et 30%, soit 3 à 7 points de mieux que la déroute historique de 2009. Cependant, cet étiage stagne. Quoi qu’il arrive, scandale au gouvernement, victoires régionales de la gauche, nomination de Steinbrück, les sondages montrent un encéphalogramme plat.
Un observateur du Spiegel l’a formulé ainsi : tout le monde approuve le programme, applaudit des deux mains certains projets, mais personne n’en a envie, n’a de désir pour le SPD.
Le parti vieillit, et a refusée l’adoption de votes élargis pour la base – sans parler des primaires. Les moins de 30 ans s’éloignent, plus tentés par les Verts et les Pirates.
La nomination de Steinbrück répond d’abord à un souci de donner un visage crédible à une plate-forme politique appréciée mais peu attractive. Le pari était de nommer une personnalité forte, clivante, mais très respectée. Il y eut sans doute une sous-estimation de l’ampleur que prit l’affaire de ses ménages en entreprises – revenus de 1,25 millions d’euros en 3 ans.
Cependant, cette crise a révèle au candidat sa vulnérabilité. De plus, le parti, où l’aile gauche n’avait pas ménagé ses critiques politiques, soutint unanimement Peer une fois la campagne de presse lancée. Cela a surpris non seulement beaucoup d’observateurs, mais Peer lui-même.
La leçon qu’il en tira, c’est que sans SPD il ne pouvait gagner, surtout face à une Merkel qui lutterait sans plate-forme politique, sur son nom.
Deux évènements majeurs démontrent le tournant intégratif de Peer :

A. L’adoption du projet de reforme des retraites reprend quasi intégralement les propositions de l’aile gauche, revenant sur une reforme adoptée sous la Grande Coalition, avec Peer Steinbrück comme ministre des Finances.
B. Le discours de congrès de Peer incluait un hommage sincèrement ému au soutien du parti, mais aussi à Andrea Nahles, ex-leader de l’aile gauche, et secrétaire générale du SPD.
Le congrès du 9 Décembre lance une campagne sur deux thèmes :
  • Une écriture positive du projet du SPD sous le titre de la Justice Sociale,
  • Une critique acerbe d’un gouvernement d’une coalition sans vision ni projets, miné par ses contradictions.
Le congrès a été globalement un succès. Au delà du score de 93% des délégués en faveur de Peer, c’est son discours inscrit dans la tradition social-démocrate allemande, très offensif sur la justice, l’égalité homme-femme, le logement, le mariage pour tous, la politique familiale et l’Education, qui a remporté beaucoup de retours positifs dans la presse.
Il est notable que Peer n’a parlé d’Europe que pour critiquer la gestion de la crise désastreuse d’Angela Merkel. Il laisse ce sujet de côté : il est le seul au SPD à ne pas être convaincu par les Eurobonds, et de plus, l’Europe va être l’argument principal de la campagne de Merkel. Il est important pour le SPD non pas d’attaquer frontalement sur ce sujet avec des projets de résolution de la crise actuellement très impopulaires en Allemagne – plus de solidarité, création de minimas sociaux et d’une Europe sociale, gestion solidaire de la dette etc.… L’Europe va être laissée à Merkel – sachant que les Verts vont attaquer fortement sur ce thème, séduisant les électeurs de centre-droit déçus par l’attitude anti-fédérale du FDP.
Peer va construire sa campagne sur des sujets propres au SPD.
L’aile gauche du SPD a même publié des le lendemain un communiqué de presse enthousiaste, avec Hilde Mattheis me disant en marge du congrès : « C’était un discours convenable de Peer. Il nous a suivi sur les retraites, espérons qu’il nous suive aussi sur d’autres points. » Le soutien syndical de Peer Steinbrück est croissant ; son gauchissement, espérons le, persistera aussi après une éventuelle victoire.
Peer a réussi à unir le parti derrière lui. Maintenant, il faut réussir l’élargissement de sa base au delà du parti.
Cela suffira t-il? Cela va dépendre aussi du score des alliés et adversaires de la gauche.
3. Les alliances
Peer Steinbrück l’a dit et répété : avec lui, pas de grande coalition avec Merkel. Mais le parti lui n’exclut rien.
Les alliances naturelles sont cependant à gauche avec les écologistes. Les Verts sont estimés à 14% dans tous les sondages. C’est 3 points de plus qu’en 2009.
Le parti s’était donné une direction compatible pour d’éventuelles alliances avec la CDU, mais la seule tentative régionale a cependant été un échec retentissant. Il semble que l’alliance avec la CDU sert plus le rapport de force avec le SPD qu’autre chose.
Les Linke sortent d’une crise profonde, idéologique et sociale, entrainant une crispation de sa direction. La fixation sur les années Schröder empêche le parti de construire un discours face à la droite et de penser l’Europe de 2012. La faiblesse du parti entraine aussi sa quasi-disparition à l’Ouest, à part dans le fief de Lafontaine en Sarre. Les sondages les situent entre 5 et 7%, loin de leurs 12% de 2009, et à la limite de la participation parlementaire. Une alliance au niveau régional est toujours possible, mais au niveau fédéral difficile.
Les Pirates, nouveaux venus, frôlent avec les 5-6% après un étiage haut à 9%. Inconnus du jeu politique, il est improbable qu’ils participent à une coalition, mais pourraient soutenir une coalition SPD-VERTS minoritaire.
Les stratégies sont donc claires :
  • La CDU-CSU va tout miser sur Merkel, avec deux espoirs: soit obtenir seul la majorité absolue, jouable en obtenant 45 % des suffrages, soit forcer une grande coalition.
  • Le SPD va tout miser sur le programme, Steinbrück devant limiter les dégâts de la popularité personnelle de Merkel, pour espérer un score à 32%, suffisant avec des Verts à 14% pour une majorité.
  • Les Verts ont la partie tactique la plus facile, en vidant ce qui reste de l’électorat societalement avancé des libéraux et en essayant d’éviter d’être débordé par les Pirates.
Mathieu Pouydesseau

mardi 9 octobre 2012

Choisir la motion 3 c'est aussi se prononcer pour les idées défendues par UTOPIA.

Choisir la motion 3 c'est aussi se prononcer pour les idées défendues par UTOPIA.

Fidèles à la célèbre phrase d'Orson Welles, devenue la raison d'être de notre mouvement :" avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue en les poursuivant" , nous revendiquons ensemble avec la motion 3 un autre monde et une autre société, qui soient une construction permanente, collective, plurielle et démocratique.Nous n'avons pas peur du terme "internationalistes " qui nous caractérise.Car même si nous savons combien ce terme a été galvaudé voire trahi á certaines époques du 2Oe siècle, nous sommes tout à fait dans la tradition de Jaurés qui disait dans son fameux discours de Nimes en 1910:"Ah!les sociétés d'injustice!elles ont inconsciemment peut-être, un art admirable pour se faire accepter de ceux-lá même qu'elles exploitent".Eh bien nous luttons avec la motion 3 pour que le changement, que nous voulons, passe d'abord par une redéfinition du travail aussi bien dans sa dimension sociale qu'écologique .Et nous savons que ce combat ne peut être uniquement mené en France masi qu'il implique des solidarités permanentes en Europe et dans le monde.On le voit bien dans l'exclusion ou carrément l'exploitation des migrants et des "étrangers indésirables", selon l'expression de Daladier á l'égard des réfugiés allemands en France en 1937. Avec le passeport de citoyenneté universelle que défend UTOPIA, nous voulons, ensemble avec " Maintenant la gauche " promouvoir un monde dans lequel l'humanité prendrait corps comme un tout et non comme une somme d'individualités ".

Michel CULLIN

membre du bureau d'UTOPIA
FFE-Vienne

lundi 8 octobre 2012

Pourquoi nous, militants à la FFE, soutenons la motion « Maintenant la gauche »


Pourquoi nous, militants à la FFE, soutenons la motion « Maintenant la gauche »
Le Parti Socialiste est un parti d’échanges. Si nos congrès se sont parfois, hélas, réduits à des questions de personnes, celui de Toulouse, après la belle victoire de François Hollande, peut librement donner lieu au nécessaire débat d’idées.
Les socialistes ont la majorité dans de nombreuses institutions. Leur parti se doit donc d’être, plus que jamais, ancré dans la réalité des Français. A l’écoute de l’opinion, présent sur le terrain dans le mouvement social et associatif, il doit être à la fois le relais des actions du gouvernement et une force de propositions et d’innovations.

La motion 3 (« Maintenant la Gauche »), présentée au congrès de Toulouse et dont le premier signataire est Emmanuel Maurel, a le mérite de poser clairement devant les militants socialistes les problèmes urgents auxquels nous devons répondre.
Elle aborde par exemple des questions aussi importantes que : le refus de l’austérité, la volonté de créer enfin une Europe sociale, la redistribution des richesses par une réforme fiscale d’ampleur, la lutte contre les licenciements bousiers et les délocalisations, les outils pour la réindustrialisation, l’urgence écologique, l’égalité réelle, une autre mondialisation, une VIème République davantage parlementaire et limitant le cumul des mandats.

Cette motion défend également le rassemblement de l'ensemble des forces de gauche et écologistes et elle propose la constitution d'un comité permanent de liaison entre tous ces mouvements.
Notre ambition est de construire ce parti actif et combattif qui soutiendra le gouvernement de J.M.Ayrault dans sa difficile tâche de redressement de notre pays.

La motion « Maintenant la Gauche » rassemble un collectif national de militants engagés - syndicalistes, associatifs, élus locaux et nationaux-, dont l’objectif est de faire progresser le débat d’idées et de donner au Parti Socialiste une orientation claire.
Nous soutenons la motion « Maintenant la gauche » dans la FFE

Marion BERTHOUD (Rabat), Michaelle CHAUVIN (Tunis), Michel CULLIN Représentant à la Commission d’organisation du congrès, Vienne), Charline JAN (Candidate au Conseil Fédéral, Secrétaire de section, Amsterdam), Halim LAYADI (Algérie), Christophe i (Londres), Mathieu POUYDESSEAU (Candidat au Conseil Fédéral, Berlin), Étienne SCHMITT (Montréal), Mounir SEIFEDDINE (Beyrouth), Annick TIMMERMANS (Représentante à la Commission d’organisation du congrès, Candidate au Conseil Fédéral), Martine VAUTRIN-DJEDIDI (Tunisie), Mathieu VIEIRA (Mandataire fédéral, Candidat au Conseil fédéral, Bruxelles)

dimanche 7 octobre 2012

Motion 3, LA motion écolo du congrès

La motion 3 Maintenant la gauche qui porte en sous-titre «  Le social au cœur, l’écologie en avant » symbolise la synthèse indispensable entre le social, et l’écologie, la prise en compte à la fois de l'urgence et du long terme.


Nos 5 grands engagements pour l’écologie politique

  1. Un pôle public de l’énergie

L’accès à l’énergie est un droit fondamental. Or, il ne peut pas y avoir de politique équitable de l’énergie au service des citoyens si celle-ci est dépendante des lois du marché. Pour garantir l’indépendance énergétique de notre pays, il faut mettre en place un réel service public de l’énergie. C’est ce que propose la motion 3 avec la création d'un pôle public de l'énergie, dont la production et la distribution sont soumises à des contraintes techniques et de sécurité très spécifiques.
  1. Un service public de l’eau potable

L’eau potable est un bien commun de l’humanité, indispensable à toute forme de vie. L’eau ne doit pas devenir une marchandise. L’accès à l’eau potable doit être garanti aux mêmes conditions sur l’ensemble du territoire. C’est pourquoi la motion 3 souhaite la création d'un service public de l'eau potable, décliné nationalement (production) et localement (distribution).

  1. La sortie du nucléaire et la transition énergétique

La catastrophe nucléaire de Fukushima est venu rappelée de la pire des manières qu’avec le nucléaire, le risque zéro n’existe pas. La sortie progressive du nucléaire est possible en engageant une réelle mutation de notre modèle énergétique sans tomber dans la pénurie électrique ni augmenter le prix de cette énergie, tout en réduisant à terme les émissions de gaz à effets de serre. Des scénarii alternatifs existent, basés sur l’efficacité et la sobriété énergétique. Ils doivent faire l’objet de débats démocratiques qui n’ont jamais eu lieu.

  1. La fiscalité écologique

Une contribution climat/énergie sur les émissions de tous les gaz à effet de serre est indispensable pour promouvoir un changement de comportements des citoyens tout en limitant les nuisances causées par les gros consommateurs. En outre, une telle contribution pourrait ainsi à la fois renchérir le coût des marchandises produites très loin de leur lieu de consommation et rendre les produits locaux plus compétitifs.

  1. Non à l’exploitation des gaz et huiles de schistes

L’exploitation des gaz et pétroles de schistes, énergies fortement émettrice de GES, ne peut participer à la transition énergétique. Qu’il s’agisse de la fracturation hydraulique ou de toute autre technique d’extraction, l’exploitation des gaz de schistes est synonyme de dommages environnementaux irréversibles que nous refusons.
 

vendredi 5 octobre 2012

Le TSCG, une mauvaise affaire pour l'Europe, et les Francais de l'Union Européenne





 
 
Pourquoi nous sommes contre le traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) de l'Union européenne

Cet argumentaire est en partie inspiré par le petit livre des économistes Atterrés: L'Europe mal-traitée, seule analyse sérieuse à ce jour sur ce texte.

1/ Un traité inapplicable

Les règles issues du pacte de stabilité et de croissance (PSC) (pas plus de 3% de déficits publics et pas plus de 60% d'endettement public) n'ont jamais été vraiment respectées.Elles ont en réalité incité les Etats à maquiller leurs comptes (tous les Etats l'ont fait, pas seulement la Grèce) et à adopter des pratiques contreproductives (louer des bâtiments au lieu de les acheter, diminuer l'investissement public...)

D'autre part, aucune sanction financière n'a jamais été prise (même pas contre la Grèce qui avait pourtant très sérieusement "dérapé" avant 2007). Et on voit d'ailleurs mal comment il pourrait être politiquement acceptable d'imposer de telles amendes (jusqu'à 0,5% du PIB) contre des États qui connaîtraient justement des difficultés financières.

Enfin, le TSCG est fondé la notion de "déficit structurel", c'est à dire d'un déficit indépendant de la conjoncture économique. Or, la méthode utilisée pour calculer ce déficit structurel sera nécessairement teintée d'idéologie. Elle suppose que l'on connaisse le niveau exact de la "croissance structurelle".Ainsi, un pays accusé de déficits excessifs pourra toujours arguer d'un autre calcul pour échapper aux sanctions. On s'embarque dans des arguties juridiques sans fin.

2/ Un traité contreproductif

A la différence du PSC, le TSCG prévoit de sanctionner les pays dont l'endettement public est supérieur à 60%, sauf si ce pays s'engage à réduire l'écart avec les 60% sur un rythme d'1/20ème par an.

Conséquence: plus le pays est endetté, plus l'effort budgétaire demandé est important. Ce qui revient à dire que lorsqu'une récession se produit et que l'endettement explose (comme cela s'est produit en 2009), ce sont les États les plus en difficulté qui devront mener les politiques les plus restrictives.Or, mener des politiques d'austérité en période de crise économique ne fait généralement que renforcer la crise.

La paradoxe est que, loin de désendetter le pays, ce genre de politique conduit à la baisse du PIB et donc à la dégradation du ration dette/PIB, comme cela se produit actuellement en Grèce, en Irlande, en Espagne...

En appliquant aveuglément cette règleon condamne les pays les plus endettés à une austérité perpétuelle et à une dégradation sans fond de leur endettement.

3/ Un traité anti-démocratique

Le TSCG c'est préférer la règle au débat politiqueet à la démocratie, et c'est privilégier les intérêts des créanciers et de la finance au détriment des intérêts du peuple. En effet, le TSCG vise à garantir la solvabilité des États, ce qui revient à garantir le patrimoine financier des créanciers et

des marchés financiers. A un moment où l'emploi industriel s'effondre et le chômage explose, est-il bien opportun de donner ainsi des gages au secteur financier?

4/ Un traité économiquement absurde

Ce traité est fondé sur des ratios qui posent problème.

-Le déficits public ne devrait pas être calculé par rapport au PIB mais par rapport aux recettes publiques. On comprend bien qu'un pays dans lequel les prélèvements obligatoires ne sont que de 30% du PIB ne peut pas supporter le même déficit qu'un pays dans lequel les prélèvements obligatoires représentent 50% du PIB. Adopter la règle du rapport déficit sur PIB au lieu de la règle comptable classique déficit/recettes, c'est objectivement privilégier les États les plus libéraux.

De même, est-il légitime de ne pas différencier les dépenses de fonctionnement des dépenses d'investissement comme cela se fait pour les collectivités territoriales?

-Enfin l'endettement public doit être mis en relation avec le patrimoine public. Est-ce une mauvaise affaire de s'endetter à 3-4% pour acheter des actions de GDF Suez qui rapportent 5-10% de profit ? Si l'endettement d'un État est garanti par des actifs de valeurs qui peuvent être vendus (et qui rapportent) où est le problème ?

5/ Un traité qui ne tire pas les bonnes leçons de la crise

Les défenseurs du TSCG expliquent qu'il s'agit de répondre à la crise européenne. Or, la crise européenne n'a justement pas pour origine un excès d'endettement public.

Quatre pays ont demandé l'aide des fonds européens: La Grèce, l'Irlande, le Portugal et l'Espagne pour sauver son système bancaire. Or, à l'exception de la Grèce, aucun de ces pays n'avaient un endettement excessif au moment de la crise.

En 2008, l'Espagne et l'Irlande faisaient partie des pays les moins endettés de la zone Euro (40,2% d'endettement public pour l'Espagne et 44,2% d'endettement public pour l'Irlande... à comparer aux 66,7% d'endettement public pour l'Allemagne). Quant au Portugal, son endettement public était proche de la moyenne de la zone euro (71,6% contre 70,2%).

La crise est due à l'explosion de la bulle de l'endettement privé, bulle particulièrement importante en Irlande et en Espagne. Or, en se focalisant sur les ratios des finances publics la Commission européenne a une lourde responsabilité dans le déclenchement de la crise de 2009.Le TSCG construit une usine à gaz qui vise à persévérer dans l'erreur par pur dogmatisme. Au lieu de s'intéresser exclusivement à l'endettement public, un traité qui vise à renforcer la coordination et la gouvernance économique de la zone euro ferait mieux de s'intéresser aux fondements de l'économie et aux déséquilibres de la sphère privée en matière d'emploi, de régulation financière, destratégie industrielle et commerciale...

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